La Bouillotte, une célèbre figure de Nantes et de Marcel Saupin

Il y a quelques années cet article est paru dans le Presse Océan du Dimanche 25 Juin 2006.

Il n’était pas sur la pelouse de Saupin mais régulièrement dans les travées du stade pour récupérer le ballon et parfois un peu de zinc.

Sacré La Bouillotte !

La BOUILLOTTE

Demandez à n’importe quel Nantais de souche de vous citer un personnage pittoresque de Nantes. A coup sûr, il vous répondra Ulysse le clochard ou La Bouillotte, le brocanteur, disparu en 1974. Le premier avait une barbe fleurie, une poussette, un chien nommé Sac à puces et élisait régulièrement domicile sur la place Royale. Le second avait une tout autre passion. Il était brocanteur, d’abord sur la place Bretagne puis sur la place Viarme. On le connaissait comme spectateur assidu des matches de foot quand les supporters ne juraient que par “Gondet ton but”.

Ronds de cuisinières

La Bouillotte était ainsi réputé pour aller récupérer le ballon dans les travées et sur le toit du stade. La chronique nantaise dit qu’il en profitait parfois pour ramener des morceaux de zinc qu’il revendait ensuite à la brocante. “Il ne sentait pas vraiment la fleur”, s’amuse Pierre, un collectionneur de cartes postales. “Je le voyais souvent à la brocante, il vendait des ronds de fer pour les cuisinières. Il vivait dans un appartement du Marchix. Tout le monde le connaissait. Parfois il s’endormait près de son bric-à-brac. Certaines mamans de l’époque disaient à leurs enfants : “Si tu n’es pas gentil, je t’emmène vois la Bouillotte”.

Jean Orthion

Né Jean Orthion en 1908, La Bouillotte “fut toujours le protecteur de son frère Louis qu’il plaça dans une maison de retraite de Chateaubriant”, nous avait confié sa nièce, Irène Paoli, il y a quelques années. “Quand j’étais toute petite, il me trimballait en brouette. Par la suite, il a habité au Pin-Sec mais n’y est resté que deux ans. Il élevait des lapins dans sa baignoire”.

Un ancien pompier se souvient avoir vu cette fameuse baignoire…remplie de charbon. Qu’importe les histoires, La Bouillotte vit dans la légende locale avec son lot de rumeurs urbaines, dont celle d’être riche. A chaque clochar, son millionnaire caché.

“Petites Pattes”

Avec La Bouillotte, travaillait un autre personnage, “son bras droit”. Le nantais Pierre Odéon l’a connu. “Il appelait son commis “Petites Pattes”. Il devait mesurer environ 1,30m. C’est lui qui tirait la charette à bras. Ma mère luia un jour demandé de prendre une vieille cuisinière avec pieds. La Bouillotte l’a chargé sans efforts et l’a posée sur le dos de Petites Pattes, qui , de surprise, en est tombé à genoux ! La bonne copine de la Bouillotte était la Toutoune, une femme haute en couleurs, qui pesait une centaine de kilos et qui vendait des livres d’occasion. Une barrique de rouge lui faisait à peine son mois”.

Réséda et Titine

“J’ai commencé ce métier de brocanteur à 20 ans”, racontait La Bouillotte en personne, interrogé dans Pub Mag, un journal gratuit des années 1960. “Avant je travaillais pour la Chambre de Commerce, sur le port. J’ai connu toutes les figures de Nantes, nous étions une dizaine environ. Il y avait Réséda, Titine Vert-de-gris. Il y a longtemps qu’ils sont tous morts, je suis le dernier”.

Ulysse le clochard céleste (disparu en 2001) prit la suite quelques années plus tard. Seul Joël, le siffleur breton, passage Pommeraye, perpétue la lignée de ces personnages atypiques qui scellent l’imaginaire collectif nantais.

S. Pajot dans le P.O du Dimanche 25 Juin 2006

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