1943, la naissance d’un grand club
         L’article précédent nous a permis de retracer les premiers pas du football dans l’agglomération nantaise. Les succès récents de la Saint-Pierre ont définitivement lancé le “ballon rond” dans la cité des Ducs en attirant un public de plus en plus nombreux. L’idée de voir s’installer un club professionnel à Nantes avait fait son chemin. Voyons comment ce projet va aboutir à la création du Football Club de Nantes le 21 avril 1943.
Il convient tout d’abord de rappeler le contexte dans lequel s’est déroulé la naissance du FCN.
Au printemps 1943 Nantes est une ville de 200000 habitants. Les allemands occupent toute la France depuis le mois de mars et Nantes n’échappe pas à la règle. La vie s’est donc organisée en prenant en compte les nouvelles règles imposées par l’armée allemande. Les couvre-feu, rationnements et autres privations font désormais partie de la vie quotidienne de même que les menaces aériennes.
Les allemands exploitent rapidement les atouts industriels de la cité ligérienne, le port, les chantiers navals, l’usine aéronautique de Bouguenais, les Batignolles et l’ensemble des industries nantaises sont réquisitionnées pour être mises au service du IIIème Reich. Une place de choix dans le dispositif allemand qui va rapidement mettre la cité des Ducs dans le viseur des bombardiers anglais et américains. A partir de 1941 des bombardements sporadiques frappent Nantes et la zone portuaire. Le raid le plus spectaculaire intervient le 23 mars 1943 lorsqu’une escadrille composée de 11 bombardiers détruisent une partie de l’usine des Batignolles qui produit des locomotives pour le front de l’Est. Les ouvriers prévenus trop tard compteront 33 morts. Mais comparée à Saint-Nazaire, avec sa base sous-marine, la ville de Nantes est encore relativement épargnée…jusqu’en septembre 1943.
C’est dans ce contexte tourmenté que se tiennent les réunions préparatoires à la création du FC Nantes. Ces assemblées qui réunissent les représentants des différents clubs nantais de football du moment sont généralement organisées dans les salles des cafés de la Place du Commerce en plein cÅ“ur de la ville.
La place du Commerce durant l’entre deux guerres
En réalité il existe deux projets en début d’année 1943 qui se proposent de faire franchir le cap du professionnalisme à la cité nantaise et combler l’absence d’équipe de football parmi l’élite de l’hexagone.
Le premier est porté par les ambitieux dirigeants du Stade Nantais Université Club (SNUC), Messieurs Berte, Parlant, Marliere, et surtout Astorg. Ces derniers ont même débuté le recrutement de joueurs pour rejoindre Nantes la saison prochaine.
Le second est celui d’un groupe emmené par Marcel Saupin (Président de la Mellinet) appuyé par MM.Dufraiche (SO Cholet) et Simon (US Basse-Indre, il deviendra plus tard président de la Ligue de l’Atlantique). Ce projet est aussi conseillé par Gabriel Hanot (journaliste et à l’origine du professionnalisme en France).
La St Pierre est le porte-drapeau du football nantais et, à ce titre, son équipe est celle qui évolue dans la division la plus haute, elle possède les meilleurs joueurs et est la seule à pouvoir évoluer en championnat de France amateur (CFA). Puisque l’idée première est de remplacer l’équipe fanion de la St Pierre par l’équipe nouvellement créée (pour repartir de la CFA) , il est donc indispensable d’obtenir l’adhésion de ses dirigeants.
Or, rapidement, il s’avère que le courant passe mieux entre les dirigeants pierrots et Marcel Saupin et ses amis. Inversement, lors d’une réunion au siège du SNUC, quelques divergences apparaissent entre Astorg (SNUC) et les représentants de la Saint-Pierre. Les dés sont jetés, ces derniers prennent la décision de rallier le projet de Marcel Saupin.
Pierre Lautrey, dirigeant de la St Pierre à cette époque, est un témoin privilégié. En 1993 il nous raconte :
“La volonté de créer un club professionnel à Nantes était dans l’air. Le Stade Nantais Université Club (SNUC) avait un projet, la St Pierre et quelques autres clubs aussi. Jean-Xavier Parlant (SNUC) fut opposé à Marcel Saupin (de la Mellinet) avant de devenir un de ses meilleurs amis. Avec Georges Hervé il nous rejoignit rapidement au FCN.
Le SNUC avait commencé à recruter trois joueurs de Rouen et un Bordelais. Mais la St Pierre possédait un avantage sur tous les autres. Son titre de champion d’honneur et le règlement qui l’autorisait à franchir le pas.
Cette première réunion réunissait au titre de la Saint-Pierre, Joseph Geffroy, Eugène Bocqueho, Marcel Braud, Henri David et moi même. La Mellinet était représentée par Marcel Saupin et Raymond David-Rault, l’Association Sportive Ouvrière de Nantes (ASON) par Raymond Fourage, l’ACBL (Chantiers de la Basse-Loire) par Albert Girardeau, les Batignolles par Jean Mérieux, et le Gallia Sport par Marcel Philbert.
D’autres clubs de la région, le SO Cholet, et l’US Basse-Indre, avaient délégué respectivement Pierre Simon (futur président de la première Ligue de l’Atlantique Football), et Jean Dufraiche. Y figurait aussi M.Cornély à titre indépendant je crois.
Jean Dufraiche, ingénieur à l’Usine des Batignolles, allait être un des éléments essentiels des premiers pas du FC Nantes en permettant l’embauche de plusieurs joueurs.
Le premier président fut Marcel Braud en reconnaissance pour la St Pierre qui fournissait les meilleurs footballeurs. Jean Dufraiche devint premier vice-président. Quant à Marcel Saupin, sa compétence et son autorité en faisaient l’incontesté patron.
Il ne faudrait pas oublier non plus l’action précieuse de la cheville ouvrière que fut Joseph Geffroy.
La cohabitation entre atros et amicales laïques fut exemplaire. Le FCN recruta en Bretagne avec Gergotich et Kerdraon, utilisa des gens recherchés par les allemands pour le STO, comme Milo Docquin qui travaillait dans l’entreprise Le Guillou, sous le nom de “sanglier” à cause de ses origines ardennaises.
A l’époque il était difficile de s’imaginer que l’aventure durerait cinquante ans.”
Le 3 mars 1943, Saupin écrit à Joseph Geffroy pour obtenir le mandat de la Saint-Pierre pour engager les pourparlers avec la Fédération en vue de poser la candidature du futur “Football Club de Nantes” au statut de club professionnel.
Mon cher Ami.
J’ai bien reçu la lettre de la Saint-Pierre me permettant d’écrire à la Fédération pour poser la candidature du “Football Club de Nantes”, comme équipe professionnelle. Afin que toutes les pièces soient en règle pour la Fédération, je me permets de t’indiquer ce qu’il nous faut maintenant.Il me faut une pièce sur papier timbré, signée des membres du bureau : Messieurs BRAUD, GEFFROY, LAUTREY, CATTONI, DURAND, dans laquelle vous indiquerez que l’Assemblée Générale de la Saint-Pierre s’est tenue le………..à ……. heures; que xx membres étaient présents; que le Président a exposé les raisons qui nécessitent que la section de Football de la Saint-Pierre, devienne autonome; qu’après discussion, cette résolution a été adopté par x voix contre x ou à l’unanimité. Il faut que je sois en possession de cette pièce de façon à l’envoyer à la fédération pour qu’elle homologue cette transformation.Il faudra m’adresser un second papier timbré, également signé de tous les membres du bureau ci-dessus, indiquant que quelques minutes plus tard, la section autonome de Football de la Saint-Pierre s’est réunie, qu’elle a décidé de changer son nom et de s’appeler “Football Club de Nantes” et qu’elle a pris une deuxième résolution d’appeler à son bureau Messieurs DUFRAICHE et SAUPIN tout ceci pour envoyer à la Fédération afin d’expliquer la validité du changement de nom de la société et les pouvoirs qu’ont Messieurs DUFRAICHE et SAUPIN de parler au nom de la société.
Je compte sur toi pour que ces pièces me soient fournies le plus tôt possible.
Cordialement.
Quelques jours plus tard, le 11 mars, la commission football de la Saint-Pierre se réunit en interne au Café Morice, place du Commerce, pour préparer l’Assemblée Générale.
Sont présents à cette réunion : Mr Braud (Président de la Saint-Pierre), Mr Geffroy (Président de la Section Autonome de Foot-Ball), Mr Durand (Secrétaire de la Section Autonome de Foot-Ball), Mr Cattoni (Trésorier de la Section Autonome de Foot-Ball), Mr Lautrey (Membre de la Section Autonome de Foot-Ball).
Lors de cette réunion préliminaire à l’Assemblée Générale, il est décidé de s’adjoindre en vue de la prochaine constitution du comité Directeur, du nouveau Club, Messieurs : Saupin, Dufraiche, Bocqueho, Simon.
Par ailleurs il est décidé que :
1° : L’Assemblée Générale, de la Section de Foot-Ball de la St-Pierre ; est fixée , au Mercredi 24 Mars : Salle du 1er , Café Morice : à 19 Heures.
2° :L’ordre du jour, à discuter et à faire approuver, se composera de :
( a ) Compte rendu, à l’A.G, de cette réunion d’aujourd’hui.
( b ) Approbation du changement de nom ‘ en F.C. de NANTES ’.
( c ) Nouveau comité Directeur de 15 membres : dont les Huit Membres suivants, à élire, par l’A.G ( Braud, Geffroy, Durand, Lautrey, Saupin, Dufraiche, Bocqueho, Simon).
.. les 7 autres Membres, devant être désignés, par la suite.
( d ) Approbation des nouveaux statuts .
‘ Intérêts financiers de la St-Pierre ’: Il sera confirmé à Monsieur Braud
1° : La St-Pierre, touchera : 5% sur les recettes Brutes de tous les matches de Championnat, du nouveau Club.
2° : Pour les Matches de ‘ Coupe de France et coupe de l’Anjou, ainsi que sur les rencontres amicales : elle touchera 5% sur la part net revenant au Club.
3° : Il est convenu, que le Maximum de la part revenant à la St-pierre, ne pourra dépasser, pour une Saison, le plafond de 50.000 Francs.
Cette assemblée générale a-t-elle réellement pu se dérouler le 24 mars comme prévu initialement ?
Il est probable que non, une raison à cela : la veille un raid aérien britannique mené en pleine journée sur l’usine des Batignolles fait 33 morts et de nombreux blessés parmi les ouvriers. Une partie de l’usine est détruite. Jean Dufraiche, ingénieur aux Batignolles est directement concerné.
Toutefois les choses avancent…
Dès le 3 avril 1943 le Phare de la Loire annonce :
“Depuis hier la chose est officielle: Nantes aura, l’an prochain, une grande société de football : le Football Club de Nantes qui, à la place de la Saint Pierre, laquelle a bien voulu s’effacer, disputera le championnat d’Anjou de Division d’Honneur et la Coupe de France. Mais il convient de préciser que le F.C.N ne sortira nullement d’une fusion des clubs nantais et nazairiens. Ceux-ci continueront en effet à jouer le championnat de la série où ils se trouvent à l’exception du C.A.P St-Nazaire sans doute qui, faute de terrain, sera très heureux d’apporter son appui total au nouveau groupement. Précision encore que les dirigeants du F.C.N ne songent pas à prendre part parmi les “professionnels”, d’abord parce qu’il savent quelles embûches les y attendraient, ensuite parce que le groupement des “pros” estime, non sans raison, que ses équipes sont déjà trop nombreuses. Le F.C.N sera constitué par les meilleurs joueurs nantais et nazairiens, renforcés, naturellement par plusieurs autres éléments de classe, le tout commandé par un joueur-entraineur professionnel. Le groupement financier a été constitué jeudi soir, et mardi, une réunion officielle aura lieu à 14 heures.”
A ce stade il semble donc que la section football de la St Pierre a pris son autonomie et entériné le changement de nom pour “Football Club de Nantes”. Marcel Braud en est encore le Président. Pourtant il semble qu’il ne soit pas présent quelques jours plus pour la présentation officielle.
Le 6 avril 1943 la presse nantaise est conviée au café Maurice (aujourd’hui disparu), place du Commerce. Le Phare de la Loire est présent et relate dans son édition du lendemain :
“Le Football-Club de Nantes est créé
Une réunion d’information s’est tenue hier au futur siège social, café Maurice, place du Commerce. MM Le Guillou, Saupin, Berte et Bocquého ont expliqué à la Presse quelles étaient les intentions des dirigeants du nouveau club. En fait le Football-Club de Nantes est créé. Il y a quelques temps la section de football de la St-Pierre de Nantes était déclarée autonome, afin de permettre à certains promoteurs du nouveau groupement de prendre place parmi ses dirigeants. Par la suite, la Saint-Pierre décidait d’apporter son appui total à la combinaison F.C. de Nantes, et pour cela d’abandonner sa place en division d’honneur et de lui permettre de prendre ses éléments les plus remarquables, dirigeants et joueurs. De ce fait, le F.C. de Nantes débutera d’emblée en division d’honneur du Comité d’Anjou et disputera la Coupe de France dans laquelle il fera l’impossible pour l’emporter sur les plus redoutables équipes afin que, l’heure venue, il puisse être admis dans le groupement professionnel, où d’ores et déjà , il a posé sa candidature. Mais cela, c’est de l’histoire future. Pour l’instant le F.C.N va recruter : 1° un joueur-entraineur de grande classe tant morale que professionnelle (es-football); 2° une douzaine de joueurs cotés; 3° les meilleurs footballeurs de nos sociétés nantaises, lesquelles apportent toutes leur concours le plus complet. Ainsi seront constituées trois ou quatre équipes avec au dessus d’elles, un comité directeur, un bureau, un directeur technique, et le joueur-entraineur dont la responsabilité sera entière en ce qui concerne les joueurs du F.C.N.
Précision de nouveau qu’il ne s’agit aucunement de fusion des clubs nantais. Tous conservent en effet, la place qu’ils occupent actuellement dans le Comité d’Anjou et participeront à la compétition de leur série. Seule la Saint-Pierre re débutera en 3ème série, mais on peut être assuré qu’elle aura tôt fait de gravir les degrés qui l’amèneront au niveau des autres.
Bref, le F.C. de Nantes est en bonnes mains et, soutenu par tous, il saura porter au loin le renom du notre football.
A.PIC
La réunion suivante se tient le 21 avril 1943 dans l’arrière salle du Café des Alliés, rue de la Fosse, pour former le premier Comité Directeur du Football Club de Nantes.
Les 6 clubs fondateurs sont représentés : Mrs Marcel Braud, Joseph Geffroy, Henri David et Pierre Lautrey pour la St Pierre de Nantes, Mrs Marcel Saupin et Raymond David-Rault pour La Mellinet, Mrs Chacun, Berte et Xavier Parlant pour le Stade Nantais Université Club (SNUC), Mr Fourrage pour l’Association Sportive Ouvrière de Nantes (ASON), Mr Girardeau pour l’Amicale des Chantiers de la Basse Loire (ACBL), Mr Mérieux pour le S.S.Batignolles, ainsi que Mrs Le Guillou, Bocqueho, Lebreton, Planques, Dufraiche et Simon. Ils signent ce soir là une charte qui officialise et organise réellement la naissance du Football Club de Nantes.
Le premier comité directeur du F.C.N est ainsi composé :
Jean Le Guillou, Marcel Saupin, Jean Dufraiche, Simon, Girardeau, Fourage, Menuet (Batignolles), Berte, Astorg, Braud, Geffroy, Felix ,Cattoni, Durand & Pierre Lautrey.
Rapidement le bureau va hisser à sa tête Jean Le Guillou pour succéder à Marcel Braud, simple président intérimaire. Jean Le Guillou a comme principales avantages d’être fortuné (gros entrepreneur en Travaux Public dont l’entreprise vient de construire les tribunes du stade Malakoff), de bénéficier de relations privilégiées avec l’occupant , et de n’être ni de la St Pierre, ni du SNUC. De plus il est l’ami de Marcel Saupin, membre très influent dont l’autorité en fait déjà un patron avant l’heure.
Jean Dufraiche est le vice-président.
Il faut un entraineur à cette nouvelle équipe, c’est Marcel Saupin en personne qui est chargé de le recruter. En fait il parait évident qu’il a déjà sa petite idée sur le candidat providentiel…
Le 30 avril 1943 : Ouest Eclair et le Phare de la Loire dévoilent le nom du futur “joueur-entraineur de grande classe tant morale que professionnelle” qui va prendre en main les équipes du nouveau club :
Phare de la Loire (30/4/1943)
Le hasard - cette providence des journalistes - nous a fait rencontrer mercredi, gare P.O, juste comme il descendait du train d’Angers, en compagnie de Jean Nicolas, l’international Aimé Nuic entraineur de la Jeanne-d’Arc de Saumur, chère à Aldebert.
- Oh ! Nuic ! Quelle heureuse rencontre ! Mais quel bon vent vous amène chez nous ?
Nuic est un garçon des plus corrects : discrétion, simplicité, modestie, sont des qualités qui le rendent extrêmement sympathique. Ainsi de nous répondre :
-J’ai de bons amis à Saumur, mais je ne puis rester éternellement professeur d’éducation physique au Collège. Bien que n’étant pas encore un has been - je n’ai que 30 ans - je dois penser à mon avenir et à celui de ma femme. Le fonds de commerce que je n’ai pas trouvé là -bas, je viens le prendre ici. C’est tout.
-Mais le football ? Vous l’abandonnez ?
- Pas du tout ! Et si un club nantais réclame mes services je serai à son entière disposition.
L’affaire ne devait pas traîner car, dans la journée d’hier, Nuic lui-même nous apprenait qu’en tant que capitaine, il apporterait son concours au Football-Club de Nantes des Le Guillou, Saupin, Dufraiche, Braud, Bocquého, Berte, Bernard, Parlan et autres Lebreton.
Une fameuse recrue en vérité, pour notre grande société et il est certain que ses dirigeants pourront faire entière confiance à Aimé Nuic, sinon pour réaliser des miracles dès la première année, du oins pour faire flotter plus qu’avantageusement les couleurs du F.C.N.
Rappelons, brièvement, ce que fut la carrière de footballeur de Nuic. Précisons d’abord qu’il n’a que 30 ans, et que c’est le seul authentique international qui pratiqua dans l’équipe d’Anjou contre la Bretagne - il fit gagner le match - et contre les Flandres - il flancha sur la fin parcequ’étroitement “marqué”, sévèrement “sonné”, et fatigué par une dure saison avec la Jeann-d’Arc de Saumur. Les Séfelin, Meuriss, Cottin, ne sont, en effet, que des internationaux B.
….
Tels sont les titres du futur capitaine du F.C de Nantes. Ils sont particulièrement éloquents. Aimé Nuic s’installera à Nantes au début de juin. Quand il aura terminé sa tâche à Saumur. D’ores et déjà , nous lui souhaitons la bienvenue chez nous. - A.Pic
Aimé Nuic, est un ancien international (2 sélections) qui évolue alors dans la région saumuroise. Marcel Saupin par son carisme, l’a convaincu de rejoindre la cité nantaise pour prendre en charge les débuts sportifs du jeune FCN.
Le 18 juin 1943 : L’acte de naissance du FC Nantes est officiellement enregistré (les statuts sont déposés) chez Maitre Dauguet huissier nantais.
Une semaine plus tard, le 25 juin 1943, Aimé Nuic signe officiellement son contrat qui le lie désormais au FC Nantes.
L’article ci-dessus, paru dans le Phare de la Loire le 28 juin 1943, laisse supposer que quelques remous agitent le jeune comité directeur du FCN…
Par ailleurs on apprend qu’Aimé Nuic, arrive à Nantes pour tenir un café, le fameux fond de commerce évoqué lors de sa rencontre avec A.Pic. Nous pouvons aisément supposer que ce commerce a été trouvé avec l’aide des dirigeants du FCN, principalement Marcel Saupin.
Privilège accordé au nouvel entraineur, le Café Godineau (2 rue de l’Heronnière, actuel Duplex Graslin) à l’exclusivité de la prévente des billets d’entrée au match durant les premières saisons. De quoi, gonfler le chiffre d’affaires et fidéliser une clientèle…
Du côté de la Fédération la saison se prépare…
Phare de la Loire (19/7/1943)
La Fédération, en limitant la participation du Comité Anjou au CFA à seulement 3 clubs, crée des tensions entre Nantes et Saint-Nazaire. En effet, l’U.S Le Mans, en tant qu’ex-pro est c certain d’en être ainsi que le SCO Angers, champion de France en titre. Reste donc un fauteuil pour le Nantes ou Saint-Nazaire. D’un strict point de vue “sportif” cette place revient de droit au C.A.P Saint-Nazaire qui vient de briller les saisons précédentes. C’est l’indisponibilité de ses installations sportives, réquisitionnées par l’occupant, et qui oblige le CAP à aller jouer ses rencontres à domicile du côté de La Baule, qui va plomber la candidature nazairienne. Dans le camp d’en face, le F.C.N sait qu’il va pouvoir disposer du Stade Malakoff, synonyme de recettes conséquentes. Le choix se porte donc sur le club nantais, au détriment des nazairiens qui feront appel, et, finalement réussiront à intégrer le championnat CFA.
Il est désormais temps de préparer la siason du côté du F.C.N…Â
Phare de la Loire (22/7/1943)
Le 25 juillet 1943, Aimé Nuic dirige la première séance d’entrainement du FC Nantes qui évoluera la saison suivante en WM.
Arthur Pic pour le Phare de la Loire (édition du 26/7/1943) est présent pour cette première rencontre entre Nuic et ses joueurs :
 ”Mais c’est le stade du Vivier qui retenait plus spécialement notre attention puisque devait y opérer le Football-Club de Nantes, porte-fanion du ballon rond nantais. Caché dans les feuillages, car la réunion était strictement privée, nous avons pu, de loin, assister à la leçon de l’entraineur-joueur Aimé Nuic, vainqueur du premier concours du jeune footballeur, ailier gauche de l’équipe de France, ex-entraineur de l’Avia-Club de Paris et de la J.A Saumur. Nous avons remarqué dans la tribune, MM. Saupin, Dufraiche, Lautret, Durant et Cabioch. Sur le terrain, 32 joueurs exactement et parmi eux, les goals Gonzalès, Teignier et Beaumont, c’est à dire, dans l’ordre, un spectaculaire, un sobre et un grand espoir ; cnq arrières, dont le puissant Giovanetti et le sûr Ricodel; en demis, l’habile Gergotich, le vigoureux Kerdraon, le fin Morin, le flegmatique Hemery, le rude Heslot, les accrocheurs Béranger, Guillet, Sandeau, etc…; en ailiers, les adroits et efficaces Crespin, Vischer, Royer, l’ardent Dousset aîné, etc…; à l’avant-centre, David, joueur solide, contrôlant et tirant parfaitement ; en inters, Rivero, un élément de classe astucieux, précis, adroit, Teignier (2) et Koniesko, vifs et décidés.
Au total, un joli lot que l’arrière Pelé et le goal Limberger viendront renforcer et dont Aimé Nuic peut être fier, car plusieurs de ses élèves seront, sans doute, plus brillants encore que lui, ce qui n’est pas une maigre référence. Aimé Nuic a parfaitemet démontré, hier, qu’il était un entraineur hors-ligne. On l’a écouté, on lui a obéi avec ensemble et, sous ladirection de ce joueur expérimenté et autoritaire, il est certain que le fanion or et vert du F.C.N flottera souvent victorieusement cette. - A.Pic”
Un entraineur hors-pair, des joueurs futurs internationaux, l’optimisme du reporter est sans limite…
Le samedi suivant les joueurs sont conviés par leur entraineur à une première séance de tableau noir, et nouvel entrainement le lendemain matin (avec présence indispensable).
Phare de la Loire (29/7/1943)
Un entrainement tous les jeudis soir à 19 heures, toujours au Stade du Vivier, est également instauré durant le mois d’août.
Phare de la Loire (11/8/1943)
Phare de la Loire (26/7/1943)
Le 27 juillet 1943, le FCN est officiellement engagé en championnat fédéral amateur (CFA), dans le groupe Anjou-Bretagne en compagnie du SCO Angers, du Stade Rennais et du CAP St Nazaire.
Le 28 aout 1943, le Phare de la Loire publie le calendrier et le règlement du premier championnat auquel le F.C.Nantes va participer :
Sur ce calendrier on remarque que le nom d’une équipe est laissé vacant : c’est le club de Chartres qui comblera ce vide.
Le FCN avait un comité directeur, un président, un entraineur, une équipe, restait à lui trouver un stade.
Le rugby avait à cette époque la priorité pour l’attribution du stade Malakoff, mais le comité directeur intervint auprès de la mairie Nantaise, qui bon gré mal gré, dut fléchir et réserver le stade en alternance pour le nouveau club. Le ballon ovale dut s’incliner devant le ballon rond malgré ses appuis à la mairie. Si des matches de football avaient déjà eu lieu à Malakoff, c’était en général sous l’instance de la Fédération et de la Ligue de L’ouest.
La grande aventure du Football Club de Nantes pouvait commencer…
Quelques repères historiques repères :
1863 : création de Fédération anglaise de football.
1872 : les Wanderers remportent la première FA Cup face au Royal Engineers devant 2000 spectateurs à Londres, la même année création du premier club français (le Havre Athetic Club).
1886 : les débuts du football professionnel en Angleterre.
1901 : création du Stade Rennais.
1904 : l’équipe de France dispute son premier match officiel.
1918 : l’Olympique de Pantin remporte la première Coupe de France.5 clubs bretons participent à cette première épreuve dont 4 représentants rennais.
1932 : le premier championnat de France démarre
1934 : le statut professionnel est enfin reconnu en France.
1943 : création du Football Club de Nantes
Dernière mise à jour : 15/1/2024
Tags: création, FC Nantes, Naissance
9 février 2008 à 1:28
Coucou Fonfon,
Je viens de parcourir ton blog, je n’ai qu’un mot à dire : bravissimo. Démarche que je salue forcément, et prose très agréable.
S’il te manque des éléments n’hésite pas à me demander, on sait jamais.
Cordialement,
Michel
PS. Pour Braud premier président, tu es sûr ? Après avoir constaté de nombreuses contradictions à ce sujet et croisé les sources j’avais fini par conclure dans mon article de FCNhisto sur ce sujet, que Le Guillou était le premier président (ce qui se comprend puisqu’il était aussi le financier et la caution politique de l’histoire). L’erreur (?) qu’on trouve ça ou là sur Braud s’explique à mon sens par le fait qu’il était président de la Saint-Pierre. D’ailleurs, on peut supposer que les autres clubs associés, notamment le SNUC (avec lequel existaient des tensions, cf. M. Bocquého qui ne participe finalement pas au club), auraient été résolument contre la nomination du président de la Saint-Pierre à la tête du FCN, ce qui aurait eu l’apparence d’une mainmise. Par ailleurs, le remplacement du premier président par Saupin en 1944 s’explique sans peine dans le cas où son prédécesseur était Le Guillou, en fuite en Suisse. Je n’ai à l’inverse trouvé aucune explication à une si rapide démission de Marcel Braud, dans le cas où celui-ci aurait été président.
Autres corrections : dans le premier comité directeur, l’un des représentants de la Saint-Pierre (qui y occupe la fonction de trésorier de la section football) s’appelle Cattoin, et non Cattoni. Par ailleurs, Dufraiche et Simon sont présents, non pas pour représenter leurs clubs, mais la FFFA, respectivement le district et la ligue (c’est à dire la ligue Ouest).
9 février 2008 à 13:35
Hi John !
Cela m’a fait terriblement plaisir de découvrir ton commentaire ce matin !
Je te remercie pour ces encouragements qui, venant de ta part, n’en prennent que plus de valeurs.
Avec ce blog je vais tâcher de m’amuser en publiant quelques trucs, sans doute de manière irrégulière et suivant mon emploi du temps. Avec FCN Histo la barre avait, il est vrai, été placée très haut. La richesse du site sera difficilement égalable, tant pis je vais faire du mieux possible sans trop essayer de te copier, sans quoi la comparaison me sera forcément défavorable.
Si comme tu viens de le faire tu sens pouvoir enrichir le blog par une correction qui s’impose ou un complément d’information tu seras toujours forcément le bienvenu !
Mais revenons à nos moutons…
9 février 2008 à 13:57
1) - Concernant la présumée présidence de Marcel Braud au FC Nantes.
Voici la thèse que je défends en m’appuyant sur deux sources. La première étant le témoignage de Pierre Lautrey que je reprends dans l’article ci-dessus et la seconde étant le site de la St Pierre qui met en ligne deux documents très intéressants :
http://regis.lamy.free.fr/nantes.htm
http://regis.lamy.free.fr/extrait%20de%20compte%20rendu.htm
Je pense que la création s’est déroulée en plusieurs étapes bien sûr, mais surtout en deux phases importantes.
La première est le rapprochement entre Marcel Saupin et la St Pierre dès Mars 1943. Les parties conviennent d’une assemblée générale de la St Pierre le 21 mars au café Maurice au cours de laquelle la section football des pierrots prend le nom de Football Club de Nantes. On en profite pour introniser quelques membres de clubs extérieurs (comme Saupin) au nouveau bureau du néo FCN. Le président doit alors forcément être Marcel Braud à ce moment là .
Le 5 avril 43 toujours au café Maurice, on réunit les représentants des clubs nantais pour tenter de les rallier au projet mais, cependant les dirigeants du SNUC sont absents des débats.
Ce n’est que le 21 avril, qu’on voit apparaitre les snucistes dont deux représentants (Berte et Astorg) intègrent le comité direteur du FCN.
Ce n’est qu’après ce 21 avril que le premier bureau est définitivement formé. Et c’est vrai que Bocqueho n’y figure pas. Mais Bocqueho, dirigeant pierrot, ne faisait pas partie du bureau de la St Pierre, je pense donc que s’il a véritablement figuré entre mars et avril dans le comité directeur du FCN il a dû s’effacer le 21 avril pour permettre au snuciste d’y entrer car dès les réunions préliminaires le nombre de sièges est fixé à 15. Avec 5 postes accordés au pierrots on peut supposer qu’il y en avait assez.
Bref pour revenir à la présidence, il est probable pour ne pas dire certain que c’est seulement une fois que le nom des 15 premiers membres du bureau du FCN furent connus qu’on a pu former les différentes commissions d’une part et nommer un nouveau président d’autre part.
Mais qui fut ce nouveau président ? Etait-ce Braud ou bien Le Guillou ?
Après réflexion et m’être laissé influencé je penche de plus en plus vers le second. Braud n’aurait alors été qu’un président interimaire en attendant la formation du bureau du FCN. Si tel avait été le cas alors effectivement les problèmes de Le Guillou à la Libération seraient alors à l’origine de l’arrivée de Marcel Saupin pour lui succéder.
Je vais donc modifier mes articles en ce sens…
Il est évident que si quelqu’un pouvait nous en dire davantage il serait le bienvenu !
9 février 2008 à 14:02
2) - Concernant Cattoin ou Cattoni.
Le site de la St Pierre (et notamment les documents déjà cités ci-dessus) est très clair. Il s’agit bien de Cattoni.
D’ailleurs un autre Cattoni figure parmi les joueurs qui évoluent à la St Pierre en 1966. Etait-ce le fils ?
9 février 2008 à 14:27
3) - Concernant Dufraiche et Simon.
Je suis d’accord avec toi pour considérer, contrairement ce que déclare Lautrey, que ce ne sont pas en qualité de représentants de leur club (respectivement le SO Cholet et l’US Basse-Indre) qu’ils ont participé aux réunions préliminaires à la fondation du FC Nantes.
De nombreuses sources les citent, comme toi, comme représentants des instances fédérales, pourtant celà me gêne.
Prenons le cas de Pierre Simon par exemple. S’il fut effectivement Président de la Ligue de l’Atlantique, ce fut à partir de 1967, date de la création de cette Ligue. Soit quand même près de 25 ans après la période qui nous intéresse !!! Il fut aussi vice-président du district entre 1956 et 1967.
Quant au président du District 44, aucune trace de Jean Dufraiche et pour cause : Louis Richard en fut président pendant 34 ans de 1934 à 1967.
Mais alors à quel titre participaient-ils à ces réunions ?
Ne peut-on imaginer que ce soit tout simplement à titre personnel ?
D’ailleurs il suffirait d’une simple modification de ponctuation et deux simples “s” dans les déclarations de Lautrey pour que cette phrase :
“D’autres clubs de la région, le SO Cholet, et l’US Basse-Indre, avaient délégué respectivement Pierre Simon, futur président de la première Ligue de l’Atlantique Football, et Jean Dufraiche. Y figurait aussi M.Cornély à titre indépendant je crois.”
ne devienne :
“D’autres clubs de la région, le SO Cholet, et l’US Basse-Indre, avaient délégué respectivement Pierre Simon, futur président de la première Ligue de l’Atlantique Football, et Jean Dufraiche, y figurait aussi M.Cornély, à titres indépendants je crois.”
Je penche pour cette thèse conforté par l’importance que Dufraiche prit très rapidement dans le nouveau club. Ce sont ses qualités d’ “employeur” qui étaient recherchées, pas celle d’ “officiel”.
Voilà il me reste maintenant plus qu’à m’imprégner de tout ça pour corriger mes articles.
Merci JJJ !
@+
9 février 2008 à 16:44
- Pour Braud/Le Guillou j’avais suivi le même raisonnement à partir de ces documents de la Saint-Pierre. Pour en avoir le cÅ“ur net il faudrait sans doute consulter les actes de création du club (au FCN), ou bien peut-être tout simplement la presse locale de l’époque (aux archives départementales, ou à la BnF, le genre de démarches que je n’ai jamais pris la peine de faire, alors que c’est le moyen de clarifier plein d’infos, notamment sur les résultats de championnat).
- Pour Cattoin j’avais donc fait une erreur (je sais, c’est invraisemblable mais c’est comme ça).
- Pour Dufraiche et Simon je ne sais pas où j’avais pêché mon info en fait. Par contre, je ne suis pas sûr qu’ils n’aient pu représenter le district et la ligue sans en être présidents… Encore un truc que les actes de création éclairciraient.
9 février 2008 à 16:48
J’essaie actuellement de prendre contact avec le rédacteur de l’histoire de la St Pierre sur leur site. Peut-être pourra-t-il nous en dire plus.
31 décembre 2008 à 12:20
[…] à ses passions dont le football occupait la première place. Il a joué un role déterminant dans la création du Football Club de Nantes […]
31 décembre 2008 à 12:32
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